En France, un verre d’eau potable sur cinq se perd dans les canalisations.

En 2024, le rendement moyen des réseaux d'eau potable français était de 79,2 %. En d’autres termes, environ un litre sur cinq se perd avant d'arriver au robinet, principalement à cause des fuites. Un enjeu majeur pour des infrastructures vieillissantes dont la rénovation mobilise des compétences industrielles spécifiques.
Prélever moins, distribuer mieux
Chaque année, l'humanité prélève près de 4 000 milliards de m³ d'eau douce, l'essentiel pour l'agriculture. L'eau potable n’en représente qu’une faible part, mais une quantité importante est ensuite perdue avant même d’atteindre les usagers.
À l'échelle mondiale, près d'un tiers de l'eau injectée dans les réseaux n'est pas facturée, entre fuites, compteurs défaillants et branchements illégaux.
En France, les réseaux perdent environ un litre sur cinq, principalement à cause des fuites.
Ouvrir un robinet mobilise une chaîne industrielle invisible : prélèvement, traitement, pompage, transport, distribution. Lorsqu’une canalisation fuit, une partie de l’eau rendue potable n’arrive jamais à destination. L’énergie et les moyens engagés pour la traiter et l’acheminer ont pourtant été consommés.
Réduire les fuites constitue un levier concret de sobriété non négligeable. Il permet de rendre davantage de service à infrastructure et prélèvement constants, ou d'assurer le même service en prélevant moins.
Dans ce contexte, la question n’est pas seulement de développer de nouvelles infrastructures, mais de savoir comment entretenir, renouveler et mieux exploiter celles qui existent déjà.

Renouveler sous contrainte
Un réseau immense à renouveler
Le réseau français d’eau potable représente aujourd’hui près d'un million de kilomètres de canalisations, installées à des époques et avec des matériaux différents : fonte grise, fonte ductile, PVC, acier ou encore amiante-ciment. Leur vieillissement est hétérogène.
En 2024, le taux moyen de renouvellement n’était que de 0,61 % par an. Le ministère de la Transition écologique estime l’effort supplémentaire nécessaire entre 0,3 et 4,8 milliards d’euros par an. L'écart entre ces deux bornes dit beaucoup : même le besoin n'est pas connu avec précision.
Le paradoxe du financement
Le renouvellement se heurte aussi à un modèle économique contraint. Le service de l'eau se finance par la facture, alors que ses coûts sont surtout fixes. Les communes rurales, qui doivent entretenir beaucoup de kilomètres pour relativement peu d’abonnés, sont particulièrement exposées.
Ce fonctionnement crée un paradoxe : la sobriété hydrique, qui permet de réduire la consommation de la ressource, réduit aussi mécaniquement les recettes qui financent l'entretien du réseau.
La dépendance à la commande publique
Pour les entreprises du secteur, les commandes dépendent essentiellement de décisions publiques. Chaque chantier suppose un vote budgétaire, un appel d'offres, parfois une subvention.
Le rythme suit aussi le calendrier électoral. Selon l'Insee, l'investissement public local accélère l'année qui précède les municipales, puis ralentit l'année du scrutin et la suivante. Le besoin est structurel, mais son financement reste irrégulier.
Fabriquer, exploiter, optimiser : trois maillons d’une même chaîne
Rénover ces infrastructures vieillissantes de nos réseaux est un chantier long et coûteux. La solution ne repose pas sur une technologie unique mais sur plusieurs fonctions industrielles complémentaires : faire durer les infrastructures, réduire leurs pertes et mieux cibler les investissements.
Saint-Gobain PAM, l’infrastructure physique
Environ 17 % du réseau d’eau potable est encore en fonte grise, un matériau ancien et cassant. Pour la remplacer, les collectivités optent pour des générations plus récentes de canalisations.
Saint-Gobain est un groupe industriel français, dont la filiale PAM est spécialisée dans les canalisations en fonte ductile. Selon le fabricant, elles peuvent durer au moins cent ans, sont presque entièrement recyclables et offrent une très bonne étanchéité. Cette longévité limite les remplacements et, avec eux, les travaux, les nuisances et les émissions de CO₂ associées.
Veolia, l’exploitation et la performance des réseaux
Une fois les infrastructures en place, leur performance dépend aussi de la qualité d'exploitation. Veolia est l’un des acteurs qui interviennent dans la gestion des réseaux : surveillance des installations, optimisation des rendements, entretien, recherche de fuites et organisation des interventions.
Sur le réseau de la Métropole de Lyon, que le groupe a géré jusqu’à fin 2022, le rendement est passé de 77 % en 2015 à 85,3 % en 2020, selon l’entreprise. Cela représente 7 millions de m³ d’eau économisés.
Xylem, les outils de mesure et d’analyse
Le troisième maillon est moins visible mais tout aussi stratégique : la donnée. Quand le budget de rénovation ne couvre qu'une partie du réseau chaque année, choisir les bons tronçons à remplacer devient décisif. La détection des fuites et la connaissance du réseau permettent de hiérarchiser les interventions selon leur criticité. Une conduite qui alimente un hôpital, par exemple, ne présente pas le même niveau de risque selon qu’une alimentation de secours fonctionnelle existe ou non.
Xylem intervient à ce niveau, en fournissant des équipements de mesure, des capteurs et des logiciels d’analyse. Ces outils permettent de suivre les débits et les pressions, de détecter les anomalies et d’identifier précisément les secteurs à risque. Les données ainsi recueillies aident les collectivités et les exploitants à orienter les budgets vers les actions les plus urgentes.
La lecture de Chloé in the Sky
Chloé in the Sky part du besoin physique : assurer durablement l’accès à l’eau en limitant les prélèvements et les pertes. L’analyse remonte la chaîne industrielle pour identifier les entreprises capables de lever les contraintes qui pèsent sur ce service.
Dans le cas des réseaux d’eau, trois fonctions majeures apparaissent :
fabriquer des infrastructures capables de durer,
exploiter ces infrastructures avec moins de pertes,
améliorer la connaissance du terrain pour diriger les investissements là où ils produisent le plus d’effet.
Cette approche conduit aussi à regarder le coût financier et environnemental des solutions elles-mêmes. Remplacer massivement des canalisations consomme de l’acier, de la fonte, des polymères, du ciment, de l’énergie, et mobilise des travaux publics. À l’inverse, ne pas renouveler suffisamment le réseau accroît les fuites, les interventions d'urgence et la vulnérabilité du service. Les gains attendus doivent être appréciés sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
C’est cette articulation entre utilité du service, maîtrise industrielle, allocation du capital et performance environnementale qui fonde notre lecture de l’investissement.
Sources
Rapport national des données Sispea : synthèse, Office français de la biodiversité, 2026
Mieux connaître le réseau d’eau potable français, Eaufrance, 2021
Utilisation mondiale de l'eau douce et cycle de l'eau, Commissariat général au développement durable, 2023
Le prix de l'eau : état des lieux et perspectives pour une gestion durable de la ressource, ministère de la Transition écologique, 2025
Le cycle des élections municipales : quel effet sur l'investissement public local ?, Insee, 2019
Quantifying the global non-revenue water problem, Liemberger et Wyatt, Water Supply, 2019
Communiqué du 15e rapport de l'Observatoire des services publics d'eau et d'assainissement, Office français de la biodiversité, 2025
La fonte ductile, Saint-Gobain PAM (page entreprise)
Eau du Grand Lyon : rendement du réseau, Veolia pour le plan climat de la Métropole de Lyon, 2022
Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.

