Un portefeuille peu carboné n'est pas forcément un portefeuille qui décarbone

Un portefeuille peut afficher une intensité carbone supérieure à son indice de référence tout en présentant une trajectoire de décarbonation plus ambitieuse que celle de cet indice. Cela s'explique par une distinction essentielle : les émissions actuelles ne mesurent pas la transformation des activités.
Ce que l’intensité carbone mesure
L'intensité carbone est une mesure normalisée qui rapporte les émissions de gaz à effet de serre d'une entreprise à une grandeur économique, le plus souvent son chiffre d'affaires. C’est ce qui permet de comparer des entreprises sur une base commune.
Mais le résultat dépend aussi de ce que les entreprises produisent. Les industries lourdes (chimie, fret, métallurgie, sidérurgie) mobilisent davantage de matière, d'énergie et de transformations physiques que de nombreuses activités tertiaires. Elles affichent donc structurellement des niveaux d'émissions plus élevés.
L'intensité d'un portefeuille reflète ainsi à la fois la performance carbone de ses entreprises et sa composition sectorielle. Elle peut diminuer parce que les entreprises réduisent réellement leurs émissions, mais aussi parce que le portefeuille exclut certains secteurs émetteurs ou que les données financières utilisées dans le calcul évoluent.
Un portefeuille moins carboné sur le papier n'implique pas nécessairement que les entreprises détenues ont davantage décarboné leurs activités.
Décarboner un portefeuille et décarboner l'économie sont deux choses différentes.
Une manière simple de réduire l'intensité d'un portefeuille consiste à diminuer son exposition aux industries fortement émettrices au profit d'activités structurellement moins carbonées. Le résultat du portefeuille s'améliore. Les besoins physiques de l'économie, eux, restent les mêmes.

Prenons l'exemple de l'acier. Le secteur émet environ 2,8 milliards de tonnes de CO₂ par an, soit près de 8 % des émissions de CO₂ du système énergétique mondial. Il reste pourtant indispensable aux bâtiments, aux réseaux et aux infrastructures énergétiques.
Notre économie a besoin de métaux, de ciment, de produits chimiques, de réseaux électriques, d'équipements industriels ou de transports de marchandises. Sans ces industries, la plupart des activités tertiaires ne peuvent pas fonctionner (pharmacie, numérique, luxe, banque).
C'est aussi dans ces secteurs que se concentre une part majeure du potentiel de réduction des émissions : une aciérie qui transforme ses procédés ou décarbone son approvisionnement énergétique peut réduire son empreinte de façon significative.
La transition suppose donc moins de faire disparaître les secteurs émetteurs des portefeuilles que de soutenir la transformation de leurs procédés de production.
Intensité carbone et trajectoire : deux indicateurs complémentaires
À intensité carbone comparable, les trajectoires de décarbonation peuvent être très différentes.
Deux sidérurgistes peuvent aujourd'hui afficher des émissions importantes tout en présentant des profils de transition radicalement différents. L'un peut continuer à produire principalement à partir de charbon, tandis que l'autre investit dans des fours électriques alimentés par une électricité bas carbone.
Il s’agit donc dépasser la seule valeur affichée à un instant T :
L'intensité carbone de l’entreprise a-t-elle déjà diminué ?
Comment son acier est-il produit ?
Comment son mode de production évolue-t-il par rapport à ses concurrents ?
Quels investissements sont engagés pour réduire les émissions ?
L’intensité carbone renseigne sur le niveau d’émissions observé aujourd’hui.
L’analyse de la trajectoire de décarbonation apporte une lecture dynamique. Elle permet d’apprécier la direction prise par l’entreprise et les transformations engagées.
Ces deux indicateurs sont donc complémentaires.
La lecture de Chloé in the Sky
Pour Chloé in the Sky, l'objectif n'est pas de rechercher artificiellement l'intensité carbone la plus faible possible pour ses portefeuilles.
L'analyse identifie d'abord les activités essentielles au fonctionnement du système économique, que ces activités soient émettrices ou non. Elle distingue ensuite, au sein de chaque secteur, les entreprises les mieux positionnées pour évoluer dans une économie contrainte par l'énergie et les ressources.
Cette approche peut conduire à détenir davantage d'entreprises industrielles qu'un indice généraliste et, dans certains cas, à afficher une intensité carbone supérieure. Ce n'est pas contradictoire avec une trajectoire de décarbonation ambitieuse.
La lecture Chloé in the Sky analyse ce que l’entreprise produit, comment elle le produit et comment son outil industriel se transforme. L'intensité carbone n'est alors plus un score isolé : elle devient un élément parmi d'autres pour apprécier la trajectoire réelle de l'entreprise.
Sources
Decarbonising portfolios 2026: Tracking the transition across investment benchmarks, LSEG et Net-Zero Asset Owner Alliance, 2026
Building benchmarks portfolios with decreasing carbon footprints, Banque des règlements internationaux, 2021
Méthodologie Carbon Impact Analytics, Carbon4 Finance, 2026
Net Zero Initiative, Carbone 4 (site institutionnel)
Iron and Steel Technology Roadmap, Agence internationale de l'énergie, 2020
Breakthrough Agenda Report 2025, chapitres Steel et Cement and concrete, Agence internationale de l'énergie, 2025
Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.

